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Anne Teresa De Keersmaeker

Anne Teresa De Keersmaeker, née le 11 juin 1960 à Malines (Belgique), a été formée, de 1978 à 1980, à Mudra, l'école de Maurice Béjart à Bruxelles, puis à la Tisch School of the Arts de New York en 1981. Dès ses premières pièces comme Asch (1980), Fase (1982), Four Movements to the Music of Steve Reich (1982), ou encore Rosas danst Rosas (1983) – qui sera à l'origine de la création de sa compagnie, Rosas, la même année –, tous les éléments qu'elle va développer au cours des années qui suivront sont déjà présents : danse, musique, son, langage, texte, images. Pour elle, la composition est indissolublement liée à l'émotion, l'une naît de l'autre et réciproquement.

Son œuvre comprend des pièces abstraites dont toute idée narrative est absente (Fase), comme des chorégraphies plus théâtrales, où le texte joue comme contrepoint essentiel au geste (Just Before 1997), voire du théâtre chorégraphique comme pour Quartett d'Heiner Müller (1999). Mais la grande constante de son œuvre reste la relation très étroite qu'elle tisse entre la danse et la musique comme en témoignent ses œuvres créées sur des partitions de Steve Reich, Györgi Ligeti, Belà Bartok, Wolfgang Amadeus Mozart, Jean-Sébastien Bach, Arnold Schoenberg, Eugène Ysäye, ou encore sa longue collaboration avec le compositeur belge contemporain Thierry de Mey. Cette sensibilité musicale est sans doute ce qui a conduit Bernard Foccroulle, directeur du Théâtre de la Monnaie (Opéra de Bruxelles), à la choisir comme artiste résidente associée à la Monnaie de 1992 à 2007.

Chacun de ses projets s'inscrit dans la continuité et la rupture avec les spectacles antérieurs dont il subsiste toujours une ou plusieurs composantes. Ainsi, les premières irruptions du texte (de Tolstoï et Brecht) dans les œuvres d'Anne Teresa De Keersmaeker datent d'Elena's Aria (1984). Mais c'est à partir de Just Before (1997) qu'elle inscrira la présence textuelle des danseurs dans ses chorégraphies, surtout dans I Said I (Auto-accusation de Peter Handke, 1999) et In Real Time (texte de Gerardjan Reynders, 2000), œuvres pour lesquelles elle collabore avec sa sœur Jolente, membre du groupe théâtral Tg. Stan.

Le travail sur la phrase chorégraphique qu'elle répète, détourne, modifie, jusqu'à obtenir une ligne claire et épurée, présent dès Fase, puis développé dans Toccata (1993) ou Amor constante màs allà de la muerte (1994), devient de plus en plus visible, lisible, à partir de Drumming (1998) et trouve son apogée dans Rain (2001) comme si la créatrice tenait soudain à montrer le squelette, l'architecture qui cisèle sa danse depuis ses débuts. De même, son goût pour le baroque révélé dans Ottone Ottone (1988) se retrouve dans une chorégraphie opératique comme Mozart/Concert Arias-Un Moto di Gioia (cour d'honneur du palais des Papes, festival d'Avignon, 1992)

En 2006, elle crée D'un soir un jour, une œuvre magistrale inspirée par L'Après-midi d’un faune (chorégraphie de Vaslav Nijinski, musique de Claude Debussy) tout en traçant un parcours dans l’histoire de la danse et de la musique puisque sa chorégraphie se construit en traversant les mouvements et les œuvres musicales qui ont jalonné cette période.

En 2010, Anne Teresa de Keersmaeker revient au festival d’Avignon, après dix-huit ans d’absence, pour le premier volet d’un diptyque chorégraphique intitulé En Atendant. Elle s’intéresse alors à l’ars subtilior (« art plus subtil »), un style musical polyphonique datant de la fin du xive siècle. La nouveauté vient du fait qu’elle n’utilise ni décor ni éclairage. Le second volet, Cesena, cette fois pour la cour d’honneur du festival d’Avignon en 2011, convoque le public à 5 heures du matin pour le lever du jour sur le même principe de dénuement scénique. Ce diptyque, créé conjointement avec le musicien Björn Schmelzer qui dirige l’ensemble Graindelavoix, met en scène danseurs et musiciens, le corps et la voix. Dans Cesena, la chorégraphe les mêle indistinctement, chacun des interprètes pouvant chanter et danser.

La fin de la première décennie du XXIe siècle est placée sous le signe de la remise en question et de la collaboration avec des artistes tels que le pianiste Alain Franco (Zeitung, 2008), les danseurs et chorégraphes français Jérôme Bel (3Abschied, 2010) et Boris Charmatz (Partita 2, 2013), et Björn Schmelzer qui lui inspirent une réflexion sur les éléments essentiels de la danse : le temps et l'espace, la capacité à se mouvoir et le rapport au monde.

Ces dernières années Anne Teresa De Keersmaeker a privilégié la musique de Jean-Sébastien Bach. Après l’initial Toccata (1993), jusqu’à ces Goldberg Variations (2020), elle crée Mitten wir im Leben sind/Bach6Cellosuiten avec le violoncelliste Jean-Guihen Queyras en 2015. En 2018 elle écrit une pièce pour un vaste ensemble sur les Concertos Brandebourgeois suivi en 2020 ce solo sur les Variations Goldberg. Si, dans toutes ses chorégraphies la composition est indissolublement liée à l’émotion, cette fois il s’agit d’un moment très singulier, puisque Anne Teresa De Keersmaeker a conçu cette pièce comme son dernier solo, soit quarante ans de danse rassemblés dans le corps d’Anne Teresa De Keersmaeker qui distille une énergie, une créativité, et le plaisir infini d’être là.

AI

 

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