La BaZooKa en création à l’Onde de Vélizy-Villacoublay: Interview
Avec le goût de l’absurde et l’humour qu’on lui connaît, la BaZooKa ajoute un troisième volet à son cycle sur le récit en créant Le spectacle qui n’existe pas, mais qui prend forme dans nos imaginaires. À découvrir le 17 mars à l’Onde, Théâtre et centre d’Art de Vélizy-Villacoublay.
Après Nos Rituels et Attendez-moi, La BaZooKa, alias Sarah Crépin et Etienne Cuppens, poursuit son cycle sur le récit en créant Le spectacle qui n’existe pas. Si les tracas du monde comme ceux du monde artistique sont bien présents dans leur nouvel opus, ils prennent, avec le goût de l’absurde qu’on leur connaît, le parti d’en rire et invitent le public à imaginer avec eux une superproduction, un spectacle grandiose, extravagant, drôle et émouvant mais… qui n’existe pas !

DCH : Comment cette nouvelle création s’inscrit-elle dans votre parcours ?
Sarah Crépin : Le spectacle qui n’existe pas fait partie d’un cycle sur la question du récit. Nous l’avons entamé avec Nos rituels en 2022, une pièce où parole et danse alternent pour construire des récits sur la mémoire. Il s’agit d’histoires issues de la mémoire personnelle des interprètes, avec cette idée de voir comment le partage d'un souvenir peut faire écho dans les réminiscences ou la sensibilité des spectateurs. Le deuxième volet, Attendez-moi, est un solo que j'interprète où il est question de souvenirs d’enfance, très lointains, et où il existe un tissage entre récit et danse. Pour ce nouveau volet, le récit consiste en l'invention d'un spectacle. Notre idée est de faire éclore dans la tête du public un spectacle que l’on ne voit pas au plateau.

DCH : Comment vous y prenez-vous ? La parole est-elle une nouvelle fois présente, puisqu’elle ne l’est pas dans votre vidéo de présentation ?
Etienne Cuppens : Nous avons choisi un extrait sans parole qui donne une idée des parties chorégraphiques cohabitant, en alternance, avec le récit. Il existe dans le spectacle une deuxième puis une troisième version de cette petite chose. Dans la deuxième, quelqu'un décrit ce qui se passe, ce qu'il voit, les fantasmes que l’on pourrait y projeter. Il y a dans cette pièce des allers-retours, des jeux de miroir, avec l'idée qu'un spectateur pourrait interpréter ce qu'il voit, faire ses propres projections. Que peut-on se raconter à partir d'une chorégraphie, d'enjeux, de personnages présents dans d'autres séquences qui réapparaissent ? Mais c'est un point de vue de spectateur évidemment biaisé puisque c'est Sarah ou moi qui prenons en charge cette description. Il y a également des moments dansés où, à l'inverse, nous fantasmons le corps à partir d'un récit. Dans une séquence, par exemple, Sarah qui est au plateau raconte un spectacle imaginaire d'un point de vue de spectateur, de façon très littérale, et petit à petit elle utilise son corps pour agrandir ou ensoleiller chorégraphiquement le récit. Il ne s’agit pas d’illustrer par le mouvement son propos mais plutôt de raconter ce qui pourrait se passer dans l’imaginaire d'un spectateur.
Sarah Crépin : Nous jouons dans ce spectacle avec l’idée d'une audiodescription pour des personnes voyantes, du décalage qu'il peut y avoir entre ce qui est décrit et ce que l’on voit réellement.
DCH : Le public a donc un rôle central dans cette pièce.
Etienne Cuppens : Oui, c’est vraiment une fantasmagorie sur ce qui se passe dans la tête des spectateurs. Cela va du récit du spectacle à son interprétation par celui qui le regarde, à des sensations telles qu’on peut les avoir dans une salle, comme le ressenti de la présence de la personne assise à côté.
Sarah Crépin : Nous nous adressons directement au public et c’est une des choses communes à nos trois pièces sur le récit. Mais là, ce qui est particulier, c’est qu’en même temps que nous lui parlons nous nous mettons à sa place, nous lui tendons un miroir. Tout le récit se déroule du point de vue du spectateur.
DCH : En dehors du corps et du récit, y a-t-il des éléments de scénographie qui permettent au public d’imaginer la superproduction que vous voulez qu’il s’invente avec vous ?
Sarah Crépin : Contrairement à ce que nous avons pu créer précédemment qui utilisait régulièrement des dispositifs, des décors, nous travaillons pour le cycle avec un plateau nu. C'est vraiment le théâtre dans sa version la plus pure, sans artifice en termes de scénographie. Pour cette pièce nous nous appuyons beaucoup sur le son, sur la parole et évidemment sur les corps. La superproduction existe grâce au récit.
Etienne Cuppens : Nous utilisons quand même des costumes. Ce sont les mêmes que ceux de Nos rituels. Nous les avions créés avec le désir de trouver un équilibre entre le corps : la possibilité de parler de nudité sans être nu, et la fantaisie que nous aimons développer. Ces costumes sont à nouveau un point de départ idéal pour traverser tous les sujets, laisser une place aux fantasmes des spectateurs.

DCH : Comment avez-vous travaillé le son, la musique ?
Etienne Cuppens : Nous utilisons deux musiques existantes qui sont comme un rappel de la guerre froide. Une musique hollywoodienne des années 1950, signée Franz Waxman et issue de la bande originale du film Une place au soleil, et une chanson traditionnelle géorgienne très poétique, qui parle d’oiseaux et des fleurs, mais chantée par le Chœur de l'Armée Rouge. Et puis Sarah et moi avons effectué une résidence à Arsonic, un lieu de musique contemporaine à Mons. Nous avons occupé pendant trois jours cet auditorium qui est le lieu de travail d'un orchestre belge très célèbre. Nous y avons enregistré énormément d'éléments sur énormément d'instruments qui sont la base de virgules musicales constituant des portes d'entrée dans notre fantaisie sonore. Ne voulant pas trop occuper l'espace pendant les récits, nous nous sommes beaucoup amusés à créer ces virgules plus ou moins furieuses qui ponctuent la pièce assez régulièrement pendant de courts noirs salle de 5 à 20 secondes.
DCH : Quelle est la finalité de ces noirs salle ?
Etienne Cuppens : Ils nous permettent de donner du rythme, de séparer différentes séquences, de redistribuer l’espace ou la présence des interprètes, de proposer de nouvelles identifications des personnages qui viennent s’additionner à celles des précédents tableaux.
Sarah Crépin : Oui, certaines séquences reviennent à plusieurs reprises et sont, à chaque fois, redistribuées, recalculées avec des éléments qui les mettent dans un nouveau relief. Certaines trouvent leur résolution beaucoup plus loin dans la pièce.

DCH : Que pouvez-vous nous dire de vos interprètes ?
Etienne Cuppens : Nos quatre interprètes viennent de domaines variés et ont des rapports au corp très différents. Sarah est une vraie danseuse de formation comme Louis Chevalier qui est un interprète exceptionnel, Julien Flament est un comédien qui a une très grande disponibilité physique à l’inverse d’Alek Boff qui a la faculté de rayonner en ne faisant pratiquement rien. Ce groupe constitue un quatuor assez troublant dans sa proposition et ses possibilités d'identification pour les spectateurs.
Sarah Crépin : Etienne lui aussi intervient en direct mais uniquement par la voix, on ne le voit pas. C'est une sorte de grand Manitou qui crée un pont entre la salle et les artistes au plateau.
Propos recueillis par Delphine Baffour
Le 17 mars 2026, L’Onde Théâtre et Centre d’art, Vélizy-Villacoublay.
Distribution
Chorégraphie/mise en scène/textes/création sonore/création costumes/scénographie : La BaZooKa (Sarah Crépin & Etienne Cuppens)
Avec : Alek Boff, Louis Chevalier, Sarah Crépin & Julien Flament Improvisation quantique & arrangement musical : Alek Boff
Musiques : Franz Waxman & Varenka Tsereteli
Enregistrements sonores : Emmanuel Lalande
Régie son : Clément (Beboon) Decoster
Création lumières : Laura Cottard
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