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« G.R.O.O.V.E » de Bintou Dembélé

Cette époustouflante et surprenante performance déambulatoire ouvrira la saison danse du Théâtre National de Nice avec une programmation du 12 au 14 octobre à Anthéa à Antibes.

Bintou Dembélé, qui a remporté un immense succès avec sa chorégraphie hip-hop des Indes Galantes de Rameau à l’Opéra de Paris, présente G.R.O.O.V.E une œuvre à la fois intimiste, spectaculaire et percutante dont l’objectif est de mettre en avant plusieurs origines de la danse. Dès l’entrée sur le grand plateau, les 300 spectateurs munis de rubans roses ou jaunes afin de se scinder par la suite, assistent à trois passionnants courts-métrages projetés sur grand écran qui explorent les captivantes mémoires rituelles et corporelles des danses de rue de par le monde. 

Ensuite la chorégraphe très attachée aux formes de rituels sur la puissance du marronnage a puisé dans cette histoire une séquence d’un homme couché au sol cerné par des hommes et des femmes aux regards tristes. Alors qu’ils et elles déposent religieusement leurs néons qui s’entrecroisent tel un brasier, l’homme s’élève juste au-dessus le cou cerné d’une corde. Le pendu demeure seul et des dizaines de vêtements de travail sur cintres descendent de l’étage supérieur à l’extérieur de la salle. Une image saisissante qui symbolise l’esclavagisme.

Alors que le parcours se poursuit à travers les lieux étonnants de cette ancienne usine dont les murs sont recouverts de tags et de splendides portraits, c’est dans une salle plus vaste que la remarquable chanteuse Célia Kaméni vêtue d’un bustier en jean et d’une ravissante robe à crinoline, rend hommage avec infiniment de sensibilité aux cultures noires et à Nina Simone. Un face à face avec la danseuse guyanaise Cintia Golititin accompagnée par Charles Amblard qui  joue et détourne les airs avec sa guitare et sa lapsteel. Cet instant est d’une puissante pureté. 

Autre contraste comme les apprécie tant Bintou Dembélé, après un délicieux et très court extrait des Indes Galantes en plein air, on rejoint finalement  la grande salle totalement enfumée où l'on assiste à un débordant et stupéfiant rassemblement des danseuses et danseurs. Sur le plateau submergé par plus de 20 interprètes dont les hip-hopeurs de Cré Scène 13 de Marseille, la fureur de vivre, le combat contre les inégalités, la dénonciation des injustices, de l’homophobie, du racisme, de la violence… se déploient avec une vérité, une puissance et une exaltation exceptionnelles. C’est sur la musique de Jean-Philippe Rameau, dont bien entendu Les Indes Galantes arrangées à la façon de Jimi Hendrix, que le voguing des années 70, le hip-hop des années 80, l’électro des années 90 et le K.R.U.M.P. des années 2000, embrasent la scène tout comme le public subjugué par ces multiples styles, célébrations et intentions communicatives. 

Galerie photo © Pierre Gondard

Alors qu’il semble impossible de quitter si brusquement la salle tant l’envoûtement a formidablement bien opéré, les danseuses et danseurs prennent par la main des spectateurs pour les amener au sein de leur communauté. Et là, un autre miracle se produit car, comment résister à de tels rythmes, comment ne pas avoir envie de partager ces instants si précieux, si rares, si joyeux. Ainsi, la soirée se termine bien tard avec un dance floor où s’entrelacent professionnels, amateurs et amoureux de la danse. 

Une soirée extravagante fort bien conçue avec des interprètes exceptionnels dotés d’une incroyable présence dans une performance époustouflante d’intelligence grâce à l’univers artistique de Bintou Dembélé d’une telle richesse, d’une telle inventivité et surtout d’une incommensurable sincérité. Elle réussit l’exploit de fendre l’âme et le cœur. 

Sophie Lesort 

Spectacle vu le 29 juin 2023 à la Friche la Belle de Mai dans le cadre du Festival de Marseille

G.R.O.O.V.E à Anthéa à Antibes dans le cadre de la programmation du Théâtre National de Nice.
12 octobre 2023 à 20h
13 et 14 octobre 2023 à 20h30

Avec : Wilfried Blé « Wolf », Guillaume Chan Ton, Bintou Dembélé, Marion Gallet, Cintia Golitin, Adrien Goulinet, Célia Kameni (en alternance avec Cindy Pooch), Mohammed Medelsi « Med », Alexandre Moreau « Cyborg », Salomon Mpondo-Dicka « Bidjé », Marie Ndutiye, Michel Onomo « Meech », Juliana Roumbedakis, Féroz Sahoulamide, Aisi Zhou (en alternance avec Moïse Kitoko)

Et Charles Amblard (guitare et lapsteel), Célia Kameni (voix) avec la participation inédite du collectif Treizième Cercle (Marseille et Avignon)

Musiques enregistrées : Jean-Philippe Rameau Les Indes galantes (extraits), par l’ensemble Cappella Mediterranea et le Chœur de chambre de Namur, direction Leonardo García Alarcón David Lang I lie, extrait de The Little Match Girl Passion, par l’ensemble Ars Nova Copenhagen, direction Paul Hillier Kronos Quartet Pieces of Africa : Ekitundu Ekisooka I et II, White Man Sleeps, Wawshishijay 

Création musicale et interprétation : Charles Amblard
Voix : Célia Kaméni
Luminariste : Benjamin Nesme
Costumes : Anaïs Durand Munyankindi
Coordination : artistique Anthony Cazaux

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