Published on dansercanalhistorique (https://www.dansercanalhistorique.fr)

Home > Carmel Loanga, « Le Bassin de Diana » et un « Totêm »

Carmel Loanga, « Le Bassin de Diana » et un « Totêm »

La nouvelle création de Carmel Loanga se décline en un volet féminin et une réponse au masculin, deux trios d’inspiration gabonaise pensés en mode complémentaire. Cependant, chaque pièce semble être suffisamment indépendante pour pouvoir mener sa propre vie. Si Le Bassin de Diana  s’inspire des danses ikoku du peuple Punu, le volet masculin plonge dans la vie des quartiers populaires urbains, des fêtes à la guérilla urbaine.

Dans Le Bassin de Diana, trois femmes traversent des gestes ancestraux, quotidiens, combatifs, contraints, rebelles... La danse, la fête, le travail, les rites... Gestes partant du bassin, pour certains. Et une interrogation qui résonne à travers une voix off, sur un timbre rappelant le cinéma : « Que signifie être une femme noire? » La réponse sonne le refus des regards exotisants : « Je suis ce que je suis ! » La question résonne avec les enjeux de notre époque. Les costumes et danses aussi. Parmi les danseuses, on trouve une chorégraphe hip hop et historienne des noirs américains originaire des Pays Bas (Elise Richards), une rappeuse et productrice musicale (Sophier Gerber), ainsi que Margaux Pourpoint, également interprète dans la compagnie de Botis Seva, l’un des jeunes chorégraphes prodiges de la scène britannique. Les trois portent des tenues de grande créativité qui nous renvoient autant à un univers traditionnel qu'à la mode actuelle avec quelques clins d'œil à l'athleisure, la combinaison de vêtements de sport et de loisirs, dans la revendication d'une sensualité assumée.


Comme ses interprètes, Carmel Loanga touche à des disciplines diverses. On l'a vue danser dans son solo L'Effet mère  et dans Black Lights  de Mathilde Monnnier. Mais elle a aussi adapté Maldonne de Leïla Ka pour la caméra et est une pointure en matière de fashion, en tant que movement director  de vidéos conceptuelles pour quelques grandes marques qui font rêver la jeunesse urbaine. Le style intrigant des costumes dans Le Bassin de Diana  est par ailleurs co-signé Loanga. On comprend, en voyant cette toute nouvelle création, pourquoi les directions artistiques des maisons de mode confient à Loanga la gestuelle de leurs models. L'écriture est précise, efficace et mise en scène avec une indéniable maîtrise dans la construction de l'image. A sa manière, cette chorégraphe est aussi une artiste visuelle.


Totêm voyageur
Deux pièces miroir, un trio féminin et un trio masculin, où, à chaque fois, le Gabon est une source d'inspiration entre actualité et histoire. Le rite pour les femmes, dans Le Bassin de Diana. La vie urbaine pour les hommes, dans Totêm. Mais la distinction n'est pas si tranchante, loin de là. La gestuelle, l'obscurité, le brouillard et les costumes dans Totêm  renvoient bien plus à des forces ancestrales que la lumière et les vêtements de sport du trio féminin. En nous amenant dans quelques ambiances possibles de la vie urbaine gabonaise, Loanga élargit considérablement sa palette chorégraphique : unissons, ralentis, créativité sculpturale, intériorité, images de fêtes et d’outre-tombe…


Totêm  s’ouvre sur le trio en train de lancer des objets imaginaires, entre krump et un long tableau tout en résistance et en revendication, en suspens et en suspension où Loanga réussit à révéler la force d’une énergie tout en la contenant. Dans un tableau remarquable, les mains des trois danseurs ne cessent de se poser sur les visages des uns et des autres, construisant des compositions complexes et surprenantes de bras, mains et têtes. Picasso n’est pas loin…
Les danseurs – ils ont rejoint cette création depuis les danses urbaines et traditionnelles du Sénégal, du Congo et du Gabon – partent en même temps sur un voyage chorégraphique où se croisent musiques et danses, du reggae à la danse jazzé gabonaise, fusion de hip hop et rythmes traditionnels. Pas de frontières non plus entre zouk, danse gumboots sud-africaine et krump. Ces deux trios affichent une danse où la revendication se met au service de l’écriture chorégraphique, la nourrit et l’enrichit, à l’instar des expériences de Loanga dans divers domaines artistiques.

Thomas Hahn
Rencontres chorégraphiques, Festival Boost, le 9 avril 2026, Théâtre Berthelot Jean-Gerrin de Montreuil

Le Bassin de Diana
Direction artistique Carmel Loanga
Chorégraphie Carmel Loanga
Interprétation Elise Richards, Sophie Gerber, Margaux Pourpoint
Musique Adrien Kanter et Carmel Loanga
Dramaturgie Sarah Cillaire et Carmel Loanga
Scénographie Mathilde Kayadjanian et Carmel Loanga
Création lumière Romane Lavigne et Carmel Loanga
Création stylisme Carmel Loanga et Julya Tembo

Totêm
Direction artistique Carmel Loanga
Chorégraphie Carmel Loanga
Interprétation Aymerick Ngoua, N’Dathé Sakho, Alioune Sow
Musique Adrien Kanter et Carmel Loanga
Dramaturgie Sarah Cillaire et Carmel Loanga
Création lumière Romane Lavigne et Carmel Loanga
Création stylisme Carmel Loanga

Catégories: 
Spectacles
Critiques
tags: 
Théâtre Berthelot Jean-Gerrin de Montreuil
Rencontres Chorégraphiques internationales de Seine-Saint-Denis
Festival BOOST
Totem
Le bassin de Diana
Carmel Loanga
Elise Richards
Sophie Gerber
Margaux Pourpoint
Aymerick Ngoua
N’Dathé Sakho
Alioune Sow

Source URL: https://www.dansercanalhistorique.fr/?q=content/carmel-loanga-le-bassin-de-diana-et-un-totem