6 ème édition de « Born to be a live » au Manège de Reims

Une joyeuse et originale fin de festival !

Born to be a live célèbre chaque année la vitalité des arts de la scène dans tous leurs croisements : danse, cirque, performance, cabaret, musique, magie… Des rendez-vous intenses portés par le goût de la fête, qui est l’autre marque de ce festival. Et toujours la  promesse d’être, surpris, étonnés, bousculés. Jamais indifférents.

Du 8 au 20 novembre, Le Manège a honoré la création artistique au fil de 11 pièces nées en 2021, dont 7 premières mondiales. Un programme très varié qui abordait des questions brûlantes : frontières, genre, égalité H/F... Autant d’interrogations joyeuses ou inquiètes et de parti-pris intenses.

Pour clôturer cet événement, deux pièces étaient à l’affiche. Tout d’abord, Je n’ai pas eu le temps
 d’y penser, c’est arrivé ! de Jérôme Brabant. Ce titre fait référence aux mots prononcés par la chanteuse du groupe Siouxsie and the Banshees, (un groupe de rock alternatif britannique originaire de Londres), lors d’une interview en 1977. 

De l’exigence formelle aux rivages de l’anarchie punk, la pièce explore la notion d’héritage dans une traversée exubérante qui s’étend de la fin des années 70 à l’arrivée de la techno. 

Une époque où tout était permis, où tant d’artistes ont créé des œuvres spectaculaires, où la mode, la musique et la danse se sont développées à une vitesse incroyable. C’est tout cela que Jérôme propose dans son voyage chorégraphique et musical avec cinq interprètes. 

Un à un, ils entrent en scène et s’installent face à un micro. Que veulent-ils dire ? Verbalement pas grand-chose, mais la danse commence à se mettre en place en ondulant à partir de mouvements du genou et du pied qui font naitre des états intimes propres à chacun. Les deux hommes vêtus de kilts à moitié découpés et les trois femmes en tenues sexy, rendent hommage à ce groupe considéré comme l'un des aventuriers musicaux les plus audacieux et les plus intransigeants de la période post-punk.

Galerie photo © Mireille Huguet

Le plus étonnant vient du fait que tout est ouvert sur le plan de la chorégraphie. Alors que les pulsations musicales crées par Gustine provoquent un rythme bien précis, les danseurs sont continuellement en décalage avec des mouvements très classiques. Equilibres, tours, déplacements, chacun déploie son propre univers. Oui, ils sont libres. Libres mêmes que la danse deviennent un tumulte et des tourbillons désarticulés.  

Puis s’accompagnant avec sa mini harpe, Gustine chante fort bien et d’un seul coup, tout part en vrille. Jérôme montre ses fesses, on écrit « fuck » sur un tableau, une multitude d’objets hétéroclites encombrent le plateau, et les voilà tous incontrôlables pour se lancer à corps perdus dans une joyeuse et insatiable danse. Finalement, le mot du tableau est barré pour être remplacé par danse.

Cette remarquable fantaisie est riche de souvenirs de pièces de bon nombre de chorégraphes qui osaient tant de choses fantastiques et on fait évoluer la danse contemporaine. Un ouvrage surprenant, à la fois tendre, drôle, jouissif et poétique qui déborde d’énergie et de complicité. 

La pièce fut suivie par Dans le Mille de Kevin Jean. Avant le début, on annonce au micro qu’il ne faut pas toucher les artistes et que toute personne désirant quitter la salle durant la représentation, doit le faire discrètement. Eclats de rire ! Trois androgynes en string se lancent dans une œuvre très érotique où ils/elles simulent l’acte de pénétration et de nombreuses situations non équivoques. Les fesses en l’air face au public ils veulent démontrer la difficulté d’assurer leurs masculinités. Pour autant, très esthétique, langoureuse, intime et parfois provocante, cette performance envoutante très bien interprétée ne sombre jamais dans la vulgarité. 

Galerie photo © Roxane Gauthier

Toujours est-il que les prises de risque de la programmation de Bruno Lobé, le directeur du Manège, sont intéressantes et les salles pleines prouvent que le public est toujours aussi friand de découvertes. 

Sophie Lesort

Spectacles vus le 20 novembre 2021 au Manège de Reims

Je n’ai pas eu le temps
 d’y penser, c’est arrivé !

Conception et chorégraphie : Jérôme Brabant
Danse : Marie Barbottin, Jérôme Brabant, Gustine, Haman Mpadire et Nina Vallon
Création et interprétation musicale : Gustine
Création lumière : Françoise Michel
Régie lumières : Laura Molitor
Costumes : Océane Valence
Scénographie : Jérôme Brabant

Dans le Mille

Conception & chorégraphie : Bo / Kevin Jean
Création et interprétation : Bo / Kevin Jean, Soa de Muse, Calixto Neto 
Assisté par : Aniol Busquets
Dramaturgie : Céline Cartillier 
Scénographie : Bia Kaysel 
Création lumières : Anthony Merlaud 
Création sonore : Rico Biro
Régie et dramaturgie sonore : Nicolas Martz
Création costumes : Ricardo Bussière

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