« Corbeaux » de Bouchra Ouizguen

« Corbeaux » donné à la Biennale de la Danse de Lyon, sera présent dans le cadre du Festival D’automne à Paris, et fait partie de New Settings,  qui rassemble des spectacles soutenus par la Fondation d’entreprise Hermès qui a décidé d’accompagner les démarches particulières, fruits d’une imagination hors des sentiers battus.

Pour imaginer Corbeaux, la chorégraphe marocaine Bouchra Ouizguen a puisé dans la littérature perse du IXe au XIIe siècle, une époque où le fou et sa parole à la fois libre et sage avaient leur place dans la communauté. Les souvenirs de longues nuits de transe affleurent à la surface de ces corps chargés depuis l’enfance des rituels « Issawa » et « Hmadcha » de la région de Marrakech. Elle a rassemblé pour ce spectacle, un groupe d’artistes avec lesquelles elle travaille, notamment les aïtas ( chanteuses de cabaret, de fêtes et de mariages) Kabboura Aït Ben Hmad, Fatima El Hanna et Halima Sahmoud qui nous avaient subjuguées dans Madame Plaza, et une quinzaine de participantes amateures lyonnaises.

Photos : Laurent Philippe

Tout en noir et coiffées d’un fichu blanc, les femmes, toutes morphologies, et âges confondus, se répartissent sur la dalle du musée des Confluences, côté Rhône, comme autant d’amers entre ciel et vent. Soudain elles se lancent, ensemble, dans une sorte de rituel obsédant : immobiles, bien plantées sur leur jambes, verticales, balançant leur tête d’arrière en avant, poussant un cri et un contre-cri pourrait-on dire, où le souffle est premier. Dans ce curieux orchestre il n’y a ni chef, ni début, ni fin. Juste la puissance de ces femmes et leur appel incessant, leur voix qui se répondent, qui se décalent, jusqu’à créer une clameur folle, une énergie sourde, dans une expérience intense.

Photos : Laurent Philippe

« Corbeaux est né d’un élan brut, d’un battement de cœur » raconte Bouchra Ouizguen. Pour le spectateur, regarder Corbeaux est prenant. On est happé par ce rythme obligé, insistant, accaparant l’espace et l’esprit. En fermant les yeux, on entend le cri de ces oiseaux, comme autant de nuées qui obscurciraient le ciel.
Physiquement exigeante, cette danse n’est pas loin de la transe. En tout cas, c’est une performance impressionnante qui ne s’arrête que par épuisement des participantes.

Photos : Laurent Philippe

Corbeaux, d’une beauté un peu sauvage, dégage quelque chose de fort et d’émouvant, mais aussi d’une féminité primordiale, archaïque, chtonnienne, qui va chercher le son au plus profond du ventre.

« Il y a quelque chose d’immémorial et d’animal dans ces « Corbeaux » dont les cris pourraient être ceux d’oiseaux de proie. Le titre n’ayant pas présidé à la naissance du spectacle, il s’est imposé après, parce qu’en arabe, c’est un très beau mot « Ghourab » et en français, ça donne corps beaux », explique Bouchra Ouizguen.

Agnès Izrine

14 septembre 2016, Musée des Confluences dans le cadre de La Biennale de la Danse de Lyon

En tournée :

Centre Georges Pompidou 1er octobre à 21 et 23h, Théâtre Paul Eluard de Choisy-le-Roi, jeudi 6 octobre à 19h. Nouveau Théâtre de Montreuil, samedi 8 octobre à 14h et 19h, Théâtre de Gennevilliers, samedi 15 octobre à 20h30 et dimanche 16 octobre à 15h. Musée du Louvre (Cour Carrée), lundi 17 octobre à 19h.

 

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